Pour me présenter, voici une interview pour “Les Grenouilles et la Photo”, par Florent Mermoud, mars 2015.

http://issuu.com/florentmermoud/docs/les_grenouilles_et_la_photo__2

Pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

Merci à toi de m'offrir cette entrevue ! Je suis un Lyonnais d'une quarantaine d'années. J'en profite pour remercier les ligériens amateurs de photo de m'accueillir dans cette revue ! La photo est mon hobby depuis une quinzaine d'années maintenant. Longtemps je suis resté du petit côté de l'appareil, jusqu'à ce qu'il y a deux ans environ, je me retrouve presque par hasard entre les pattes d'une photographe, à qui il manquait Mister Novembre pour terminer son calendrier masculin. Merci Jasminka !

OK, tu viens de répondre à 3 questions !

Haha ! N'hésite pas à découper.

Qu’est ce qui aujourd'hui te motive à continuer de passer devant l’objectif ?

Alors déjà, je ne pose pas si souvent ! Les modèles féminins restent plus demandés, même si j'ai l'impression que cela évolue. En tout cas je suis loin d'être blasé. Ce qui me motive, c'est de pouvoir contribuer au travail de photographes dont j'apprécie l'univers ou l'approche plastique. J'aime quand les photos ne se contentent pas de montrer quelqu'un, mais racontent une histoire. Le fait de poser est également un moyen pour moi de m'accepter tel que je suis. Et j'aime aussi le fait de rencontrer des personnes intéressantes. Certains photographes deviennent mes amis car nous partageons les mêmes goûts.

On peut voir que tu as un style très marqué, un univers bien à toi. Comment le définirais-tu ?

J'aime les projets hors normes, qui privilégient l'audace de la mise en scène. Je suis chroniquement attiré par le morbide, la souffrance, l'absurde. Je ne crains pas trop de choquer, même si je ne crois pas que mes photos soient réellement choquantes. L'important c'est que le photographe ait une intention réelle.

Es-tu à l’origine du choix des thèmes de tes photos, ou te laisses-tu guider par les envies des photographes avec qui tu travailles ? Ou alors s’agit-il d’un échange ?

Le plus souvent c'est le photographe qui est le maître du jeu, même si en général nous sommes déjà naturellement en phase au niveau de l'univers photographique. Certains ont une idée très précise du résultat recherché, tandis que d'autres initient un projet à partir d'une intuition, d'un lieu, d'un objet. Par contre, durant la séance, il s'agit le plus souvent d'un échange pour aboutir ensemble à quelque chose d'intéressant. Mais il m'est aussi arrivé de contribuer devant l'objectif à des mises en scène de mon cru.

Où trouves-tu ton inspiration ?

Je suis fan de quelques grands photographes, comme Mickael Ackerman, Sarah Moon, Diane Arbus, Bettina Rheims, ou encore Nan Goldin. Ils ont chacun un style différent et bien marqué, avec en commun un intérêt pour l'inhabituel et un sens de la provocation. J'aime également passer du temps dans des musées, la peinture classique et la sculpture dont des sources inépuisables d'inspiration pour quelqu'un qui pose.

Tu poses beaucoup nu, pourquoi utilises-tu ce moyen pour t’exprimer ? Est-ce à la demande des photographes ou est-ce un réel choix artistique personnel ?

C'est essentiellement un choix personnel, qui me permet de privilégier ma propre forme d'expression corporelle. A travers ce choix je me démarque également de la photo de "mode" au sens large. Ce choix sert également mon goût pour une certaine forme de provocation. Si le nu féminin est amplement répandu, le nu masculin est un peu plus rare. J'essaie ainsi de participer à une désexualisation du nu photographique ! Un exemple : ma première séance était pour une photographe qui faisait un clin d'oeil à une de ses amies qui affichait un calendrier de jeunes filles dénudées dans ses toilettes ! Ainsi, naturellement, ce choix du nu me permet de rencontrer des photographes qui partageront une vision similaire à la mienne.

Pour toi qu’est-ce qui définit une séance photo réussie ?

Pour moi, une séance est réussie quand j'ai pris plaisir à poser, quand le photographe et moi avons réussi à nous comprendre et à atteindre ensemble un bon résultat. La bonne humeur et la complicité entre le photographe et le modèle sont extrêmement importants. J'aurais du mal à poser pour quelqu'un de désagréable, si talentueux fût-il. Pour avoir l'impression d'avoir réussi ma séance, j'ai aussi besoin d'avoir l'impression d'avoir donné le meilleur de moi pour le projet. Le résultat final compte également énormément, bien sûr. Je suis fier de pouvoir montrer le résultat de mon engagement.

Et au contraire qu’est ce qui te mettrait mal à l’aise pendant et/ou après une séance photo ? Y a-t-il des choses que tu refuses de faire ? As-tu des limites dans ta pratique ?

Je ne me suis jamais senti mal à l’aise durant une séance, jusqu’à présent ! Cela pourrait se produire par exemple si des gens ne prenant pas part à la séance y assistaient et faisaient des commentaires, ou bien si le photographe se montrait irrespectueux. Après une séance, je n’apprécierais pas que des photos soient publiées sans mon accord. Dans la pratique, le photographe montre généralement un aperçu des photos au fur et à mesure de la séance, donc je sais à quoi m’en tenir et il n’y a pas de problème. La question de mes limites est très pertinente, je me la pose régulièrement. Dans la mesure où le projet a du sens, je suis ouvert à pas mal de choses. Je pourrais par exemple me prêter à des photos relevant de l’iconographie transgenre ou gay, pourquoi pas. La photo n’est pas la réalité. Toutefois, j’ai quand même besoin de préserver un minimum mes proches et ma vie professionnelle. J’ai également certaines valeurs, que je voudrais pas voir bafouées en photo. Ainsi, je n’accepterais pas de photo incluant des personnes mineures, ou mettant explicitement en scène la violence ou la torture, ou faisant l’apologie de toute forme de discrimination. De même, si le nu ne me dérange pas, je refuserais de poser pour des photos sexuellement explicites.

Il y a peu d’hommes qui posent par rapport aux femmes (tu le soulignais la demande est aussi moins grande de la part des photographes), si tu devais donner envie à un homme qui hésite à se lancer en tant que modèle, que lui dirais tu ?

Cette question est inattendue ! Je lui dirais de contacter un photographe dont les projets lui parlent, et de bien se mettre d'accord sur le projet ainsi que sur la façon dont seront diffusées les photos. Comme ça il sera en confiance. Ça vaut aussi le coup d'en discuter avec sa/son partenaire, histoire d'éviter tout malentendu ! Avec ces quelques basiques, il devrait se sentir en confiance. Ensuite, pour convaincre quelqu'un, je lui dirais que c'est très agréable de poser, car pendant la séance on oublie tout le reste ! C'est une bonne occasion de lâcher prise et d'être quelqu'un d'autre. Et la découverte des photos est toujours un bon moment de surprise, de surprise de soi.

Quelques mots à ajouter pour conclure ?

Je dois tout aux photographes qui m’ont permis de vivre ces expériences, j’ai eu la chance de rencontrer des gens très chaleureux et passionnés. Alors, à vous tous, merci merci merci !!! Et j’espère bien nouer davantage de bon contacts dans la Loire, dont le milieu photographique semble très sympa. A bientôt !

Crédits photos, dans l'ordre :

Olga Gorbouchine
Alyssa-Naïs Tourte
Damien Poudret
Shirley Boudakian - Max photographie
L'Objectif de Clem
Jasminka Keres
Shirley Boudakian - Max photographie
MLF photographie